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gravure d'Euclide de Mégare

Découverte de la philosophie

Malgré la grande influence de sa philosophie (en matière de discussion logique), on sait assez peu de choses sur la vie d'Euclide. Mais précisons dès à présent qu'il ne doit pas être confondu, comme il le fut parfois au moyen-âge, avec Euclide d'Alexandrie, le célèbre mathématicien. Et c'est précisément pour ne pas les confondre que l'on fait souvent suivre leur nom de l'indication de leur ville d'origine.

Plus âgé que Platon d'une vingtaine d'années, Euclide naquit sans doute vers l'an 450 av. J.C. à Mégare.

Il étudia d'abord les écrits de Parménide ; et peut-être rencontra-t-il un membre de cette école. Toujours est-il qu'il fut grandement influencé par cette pensée, exigeante en terme de logique, de dialectique et d'unité.

Vers 434, il rencontra Socrate et s'y attacha fortement. Et il fut sans doute l'un de ses premiers auditeurs réguliers, si l'on excepte ses amis d'enfance.

Peu après, en 432 av. J.C., avec les prémisses de la guerre du Péloponnèse, un décret interdit à tout citoyen de Mégare de fouler le sol d'Athènes sous peine d'être condamné à mort. Aulu Gelle rapporte, dans ses Nuits Attiques (VII, 10, 1-4), quelle fut la réaction d'Euclide : celui-ci n'était pas décidé à se passer des leçons de Socrate ; pour continuer à le fréquenter, tous les soirs, à la nuit tombante, il revêtait donc une tunique de femme, se voilait la tête, et, ainsi travesti, se rendait à Athènes. Là, il pouvait enfin participer aux entretiens de Socrate, pendant au moins une partie de la nuit. Au petit matin, lorsque l'aube pointait, il repartait chez lui, dans le même accoutrement. Chaque jour, de la sorte, il parcourait à pied, au matin et au soir, la longue distance qui séparait Mégare d'Athènes.

C'était là une dissimulation exceptionnelle, liée à son ardent désir de sagesse et de connaissance. Ce désir s'associait en lui à une grande vertu : on le savait homme de confiance et honnête.

Tableau de Maroli : Euclide s'habille en femme pour aller écouter les leçons de Socrate à Athènes

Domenico Maroli, Euclide s'habille en femme pour aller écouter les leçons de Socrate à Athènes (Galerie Canesso).

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Maître en dialectique

Depuis sa première découverte de la dialectique, dans les écrits des éléates, Euclide s'était toujours très fortement intéressé aux discussions logiques. Le risque de ce type d'étude est de sombrer dans des subtilités artificielles et éloignées à la fois de la vérité et de l'utilité pratique que l'on exige de la saine philosophie. Or, avec l'inexpérience de la jeunesse, Euclide avait tendance à pousser trop loin les jeux de langage et à sombrer dans ces écueils. Socrate réprimait alors son amour de la controverse sophistiquée : "Euclide, disait-il, tu pourras frayer avec les sophistes, mais certainement pas avec les hommes!"

Cependant, il faut remarquer que les subtilités qu'Euclide et ses disciples nous ont laissées sont loin d'être de purs sophismes, mais bien de réels problèmes, dans la droite ligne d'un Zénon d'Elée. Malgré la difficulté qu'il peut y avoir à en saisir la profondeur, il ne serait donc pas raisonnable de prétendre que la pensée d'Euclide en soit restée à l'éristique, ou à l'art vain de mener victorieusement une dispute, quelle qu'elle soit. Et, en un sens, Cicéron n'eut sans doute pas tort de faire de lui, dans ses Premières Académiques, le continuateur de Zénon, l'élève de Parménide, qui avait soulevé également nombre de difficultés logiques cachées dans les observations les plus ordinaires.

Vers 410, alors qu'il avait une quarantaine d'années, Euclide avait sans doute commencé à donner lui-même quelques cours à Mégare. Pour autant, il continuait à fréquenter Socrate régulièrement, et mettait peut-être déjà par écrit certains de ses entretiens avec lui.

En 399, il apprit que l'on intentait un procès à son maitre et ami. Il redoubla alors sa fréquentation; et Platon situe à cette période le moment où Euclide aurait peu à peu noté les entretiens de Théétète avec Socrate.

Par la suite, Euclide assista impuissant à la condamnation et à la mort de son maître : il était présent, dans sa prison, lorsque celui-ci but la ciguë.

Euclide accueillit alors chez lui la plupart des disciples de Socrate, dont Platon. Celui-ci put y compléter sa connaissance de Parménide et des arguments dialectiques. On dit même parfois qu'il commença l'écriture de quelques dialogues. Plus vraisemblablement s'entretint-il avec son condisciple sur le moyen de défendre l'oeuvre et la mémoire de Socrate. C'est peut-être dans cette optique qu'Euclide écrivit un Alcibiade et un Criton.

Vers 391, selon Platon, il s'efforça d'aider son condisciple Théétète, qu'il trouvait mortellement blessé, et que l'on conduisait, par le port de Mégare, de Corinthe à Athènes.

Aux alentours de 382, il rencontra à Athènes Diogène de Sinope, qui avait été depuis peu chassé de sa patrie. Celui-ci commença à suivre ses leçons : sans doute Euclide passait-il à nouveau une grande partie de son temps dans la ville où avait vécu son maitre et où demeuraient à nouveau nombres de ses anciens amis. Diogène, cependant, ne lui resta pas longtemps fidèle et fut rapidement séduit par le mode de vie d'Antisthène le cynique dont il se fit le disciple le plus fervent : c'est ainsi qu'il allait devenir la figure la plus célèbre du cynisme antique.

Plutarque rapporte, dans son traité sur l'Amour fraternel (18, 489d), qu'un jour où son frère était fâché contre lui et lui déclara brutalement : Que je périsse, si je ne me venge de toi!, Euclide répondit : Et moi, que je périsse, si je ne te persuade de renoncer à ta colère et de m'aimer comme tu m'aimais auparavant. C'est ainsi qu'en un instant, il le changea et lui fit perdre sa colère.

Amoureux de la culture et de la pensée rigoureuse, mais aussi exigeant en terme de vertu, il déclarait que la plupart des hommes sont insensés, car ils évitent les aliments et les vêtements d'esclave; mais non les moeurs d'esclaves. Pour lui, la philosophie est un mode de vie complet qui doit mener à la liberté, et au bien.

Il aurait écrit plusieurs dialogues. On a quelques titres, qui sont, malheureusement, incertains : Lamprias, Eschine, Phénix, Criton, Alcibiade, L'Amour.

Il mourut sans doute fort âgé, vers 369, aux alentours de 80 ans. On ne sait pas exactement qui fut son successeur à la tête de son école, peut-être Ichthyas, ou Dioclide.

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Les disciples du mégarique

A bien des égards, l'école de Mégare paraît comme une suite de celle d'Elée : l'une commence presque lorsque l'autre cesse; et les thèmes abordées sont similaires, les réponses semblables, les méthodes identiques.

Pourtant, les deux écoles ne furent pas en tout identiques : Mégare approfondit les problèmes soulevés par la philosophie d'Elée, et en fortifia les réponses.

Malheureusement, il ne nous reste presque rien des écrits de l'école. Nous n'en avons que des témoignages indirects.

Parmi les membres de cette école dont nous avons eu connaissance, voici les plus importants :

Ichthyas, fils de Métallos, qui fut peut-être son successeur à la tête de l'école. A ce dernier, Diogène de Sinope, qui fut un temps élève d'Euclide lui aussi, adressa un dialogue, d'après ce que rapport Diogène Laërte.

Clinomaque de Thurium, peut-être successeur d'Ichthyas à la tête de l'école. Il fut le premier à écrire un traité réservé à l'exposition des principes de la logique.

Dioclide de Mégare fut sans doute un élève d'Euclide de Mégare. Il en fut peut-être le successeur. Il eut pour disciple Pasiclès de Thèbes.

Polyxène de Tauromenium fut sans doute lui aussi élève d'Euclide. Platon, semble-t-il, le recommanda à Denys le Jeune peu avant qu'il ne retourne lui-même à Syracuse, en 361. C'est à lui que l'on attribue parfois l'invention de l'argument dit du "troisième homme", que l'on retrouve également chez Platon et chez Aristote.

Eubulide de Cyrène fut sans doute également disciple d'Euclide lui-même. Par la suite, il a peut-être succédé à Clinomaque à la tête de l'école. Il composa, entre autres, des écrits fort vifs contre Diogène et contre Aristote, où il lui reprochait son attitude envers Platon.

Il est intéressant de remarquer qu'il fut le maître de l'orateur Démosthène, qu'il aida à remédier à ses défauts de prononciation. Notons que, vers la même époque, Démosthène fréquentait aussi Platon.

Eubulide fut aussi le maître d'Euphante d'Olynthe et d'Apollonios Cronos. Celui-ci fut à son tour le maître du dialecticien très célèbre dans l'antiquité Diodore Cronos, dont les filles furent aussi dialecticiennes, et qui enseigna les subtilités de la logique à Zénon de Citium, fondateur du stoïcisme. Eubulide eut peut-être également pour disciple Alexinos d'Elis, qui allait devenir à son tour un des chefs de cette école.

Euclide dans sa vieillesse eut peut-être encore le jeune Stilpon de Mégare comme élève. devint également une grande figure de l'école. Il avait été, pendant un temps, élève de Diogène de Sinope (le Cynique), et fut aussi élève du mégarique Pasiclès de Thèbes. Il devint une grande figure de l'école, appelé même par le pharaon Ptolémée I.

Denys de Chalcédoine fut aussi, semble-t-il, un disciple d'Euclide de Mégare.

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Les sources principales de ce portrait sont : Platon, Théétète et Phédon ; Cicéron, Premières Académiques ; Plutarque, Sur l'Amour fraternel ; Aulu-Gelle, Nuits Attiques ; Diogène Laërte, Vie des philosophes illustres ; Dion Chrysostome, Discours (VIII, 1) ; Anonyme, Gnomologium Parisinum latinum.
Nous conseillons également la lecture du livre de Robert Muller, Les Mégariques, qui recueille l'ensemble des témoignages les concernant.

Nous n'avons pas pu déterminer l'origine de la gravure présentée en haut de cette page, et qui est librement diffusée sur le net. Si vous avez des informations à ce sujet, n'hésitez pas à nous en faire part. A propos de cette représentation, il faut rappeler que, pendant longtemps, Euclide, le dialecticien de Mégare, a été confondu avec Euclide, le mathématicien d'Alexandrie.

Le tableau qui représente Euclide de Mégare s'habillant en femme, et qui est attribué à Domenico Maroli (vers 1612-1676), fait partie d'une collection privée, en France, depuis la fin du XIX. Il fut exposé par la Galerie Canesso.

statue de Platon
buste de socrate - Louvre

L'essence réelle des choses [...] est toujours identique à elle-même et immuable.

Platon, Le Sophiste (248a).